JAPON : Boulot


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Non, ce blog n’est pas mort, même si pour NOVA ça l’est depuis le 26 octobre dernier : la boîte a enfin déclaré faillite. Je ne ferai pas un résumé, ça serait très (trop) long, mais pour les curieux il y a toujours ce blog de collègues sur Osaka. Ou encore ce forum pour un résumé très détaillé, mais vu du côté des anglophones.

Ces dernières semaines j’ai donc passé toute une ribambelle d’entretiens, même si G-COM, la société qui a racheté Nova, réembaucherait tout ceux qui le désirerait. Reste à savoir quand est-ce que les leçons de français redémarreront, même si il m’a semblé avoir lu quelques part que le directeur de la boîte ignorait jusqu’à peu que Nova enseignait d’autres langues que l’anglais… ça promet.

Le problème dans tout ça, c’est de savoir quand on recevra nos salaires impayés, car ils nous en doivent quasiment deux mois. Pour l’instant, je profite bien de ces vacances forcées pour étudier le japonais, le JLPT étant ce dimanche…

Autre chose qui m’a un peu surprise, c’est lorsque j’ai consulté mes mails aujourd’hui, et que j’en ai reçu un d’un petit groupe d’étudiantes de Nova! Apparemment elles cherchaient mon adresse e-mail depuis pas mal de temps, et elles ont réussi à le trouver je ne sais comment, vu que je ne l’avais donné à personne. (elles ont dû passer apr mes collègues) Dans leur message, elles m’ont dit qu’elles voulaient continuer à étudier le français et voulaient que je leur donne des leçons privées. C’est rudement sympa, ça.

C’est en train de devenir un véritable feuilleton, les aventures de Nova!

Bien sûr, toujours pas de salaire le 25 octobre, mais un nouveau fax, et certainement le dernier, demandant d’attendre encore un peu. Je ne préfère pas faire de commentaires là-dessus…

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Quant à moi je suis toujours en “vacances”… et ça fait du bien. Je suis censée retourner travailler le 3 novembre, si la boîte est toujours là, ce qui a très peu de chance d’arriver!

Bien sûr, comme prévu, personne n’a été payé ce vendredi. Et voilà qu’un nouveau fax est arrivé, reportant le jour où l’on devrait recevoir notre salaire au… 25 octobre, soit jeudi prochain.

Le scénario de septembre se repète, sauf que ce mois-ci, le retard de salaire concerne tout le monde. Et pendant ce temps-là, cela va faire 50 jours que le staff japonais n’a toujours pas été payé…

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Non, je n’ai pas déserté mon blog, mais je suis plutôt occupée ces derniers temps. Enfin maintenant ce n’est plus le cas, parce qu’hier au boulot j’ai posé quasiment tous mes jours de vacances, et ce jusqu’à la fin du mois. M’enfin peut-être que ce sera inutile, parce que si ça se trouve, Nova fermera ses portes demain. Mais ça m’étonnerait que l’école survive encore longtemps…

Cela fait depuis le mois de juin que la situation s’est vraiment aggravée, depuis la sanction du gouvernement (même si cela fait depuis 2 ans environ que Nova est dans le rouge), mais c’est réellement à partir d’août qu’on en a vraiment ressenti les répercussions. Il n’y a plus d’argent à Nova : depuis le mois d’août, toutes les publicités concernant la boîte (que ce soit à la TV, dans le train…) ont disparu, vu qu’ils n’ont pas payé les sociétés publicitaires. Des instructeurs qui habitent dans des appartements Nova se retrouvent presque à la rue, étant donné que la boîte ne paye plus le loyer depuis des mois (même si elle a déduit le montant de ce dernier de leurs salaires). De nombreuses écoles ferment, pour réduire les coûts mais aussi parce qu’ils n’ont pas payé non plus le loyer de certaines d’entre elles, et qu’ils se font littéralement jeter par les propriétaires. Les staffs et certains instructeurs ont vu leur salaire du mois d’août arriver en retard, mais pour le salaire de septembre (que l’on devait recevoir le 15 octobre), il devrait arriver ce vendredi (probabilité pour que cela arrive : 0,00001% de chances). Certains disent que l’on sera payé à la fin du mois. Je n’y crois pas trop non plus, vu qu’il y a des staffs japonais qui attendent encore le salaire qu’ils auraient dû recevoir le 27 septembre dernier! Et dans les journaux, il semblerait que le président de Nova ne soit pas joignable et planqué on ne sait où. De plus, un homme qui aurait dû le rencontrer pour s’occuper d’une transaction et ainsi verser plusieurs millions de yens à la société a été arrêté samedi dernier par la police, pour blanchissement d’argent et fraude fiscale. Bref, c’est la joie.

Dans tout ça, les personnes qui vont avoir le plus de difficultés sont ceux qui travaillent dans la boîte depuis des années, sont mariés et ont une famille au Japon, et dont Nova est la source de revenu principale; les autres personnes sont les nouveaux instructeurs qui continuent d’arriver, le plus souvent sans avoir eu connaissance de ce qui se passe ici, et qui ne toucheront aucun salaire… même si certains offices à l’étranger ont arrêté de recruter (ceux d’Australie et de Nouvelle-Zélande, à ma connaissance), et que d’autres retardent le départ des nouveaux instructeurs. Sans compter les nombreux étudiants qui ont déboursé des milliers de yens qu’ils ne reverront jamais, même en intentant un procès en justice contre la boîte.

Et vu que le président de Nova ne veut pas annoncer la banqueroute, ce problème risque de traîner jusqu’à la fin de l’année (si la boîte continue), sans que personne ne soit payé, ou alors toujours en retard : mais au train où vont les choses, et vu que la majorité des instructeurs n’iront pas travailler à partir de samedi si on ne reçoit pas de salaire, ça risque de fermer le 1er novembre. Pour renverser les choses, il faudrait vraiment un gros miracle, mais je n’y crois pas trop.
L’autre problème, c’est que lorsque la boîte fera faillite, ce sera pas moins de 4000 employés qui se retrouveront sans boulot. Mais j’ai entendu de la part de certains de mes collègues anglophones que la majorité va rentrer au pays. D’autres vont rester ici et chercher du boulot, voire même en attendant demander le chômage, mais ça serait une minorité (et dont je ferai sûrement partie).

Je me demande en tout cas quelles seront les conséquences sur l’industrie des langues étrangères, au Japon. Cela risque de n’être pas très bon, mais je sais que beaucoup de japonais continueront cependant d’aller dans d’autres écoles : la majorité de mes étudiants de français m’ont dit ça, parce qu’ils ne veulent pas abandonner la langue française; mais certains sont un peu refroidis, et m’ont dit préférer avoir dorénavant des leçons privées.
On verra bien ce vendredi, qui est le jour où Nova doit rendre son rapport financier au JASDAQ (l’équivalent asiatique du NASDAQ). Et si les résultats sont insuffisants, ce qui est bien parti pour, la société sera décotée en bourse…

J’ai lu récemment dans un magazine que pour l’année 2006 en France, ce n’est pas moins de 12 japonais qui avaient été touchés par le fameux Syndrome de Paris. Je me demande si il existe un Syndrome de Tokyo

Tout ça pour dire que les japonais obnubilés par la France, j’en vois presque tous les jours ici. L’une de nos étudiantes m’a même demandé comment se faire naturaliser et si c’était facile, parce qu’elle veut vivre en France pour toujours. Elle n’écoute que de la musique française, ne regarde que des films français, et n’a pas l’air d’avoir d’autres loisirs à part l’étude du français. Bien sûr, elle veut également se marier et avoir des enfants avec un français.
Elle a l’air de vivre tellement à fond sa passion que ça me fait un peu peur. Elle est heureusement déjà allée en France auparavant, où elle a fait un an d’étude (dans la même université grenobloise que la mienne, en plus…). Elle cherche en ce moment à travailler en France, et m’a montré sa lettre de motivation pour que je la corrige; elle y avait même écrit “s’il vous plait, embauchez-moi”, ce qui m’a fait sourire sur le moment. Mais elle a même ajoute qu’elle était prête à travailler gratuitement, sans salaire, si on pouvait lui fournir un logement. Elle a fait une demande de visa vacances-travail, et aura la réponse à la fin du mois. Si la réponse est négative, je n’ose même pas imaginer les conséquences (psychologiques) que cela aura sur elle…

Mais parfois, l’image qu’ont les japonais de la France m’intrigue vraiment. Je me demande si cela changera un jour, ou du moins évoluera. Ca me rappelle il y a quelques jours quand des japonais m’ont demandé si c’était vrai que les françaises faisaient de la manucure et allaient au Salon de Beauté tous les week-ends… En revanche il y a beaucoup de choses apparemment françaises (?) mais que je ne connaissais même pas lorsque je suis arrivée ici, comme par exemple la Vichyssoise. Je ne connaissais pas ce plat avant (et la première fois que j’en avais entendu parler, c’était dans un jeu vidéo… ahem). Mais quelque chose qui m’a bien fait rire cette semaine, c’est lorsque j’ai dit à une étudiante qu’à Tokyo, il y avait environ 6000 francais, et qu’elle m’a tout de suite demandée combien de français étaient célibataires parmi ces 6000!

C’est assez amusant car lorsqu’il m’arrive des choses étranges au Japon, c’est toujours plusieurs fois en une même journée. Au boulot, j’ai eu un nouvel étudiant, un soldat qui travaillait dans une base près de Itami, et qui n’arrêtait pas de faire des clins d’oeil pendant toute la leçon.  Et puis il était un peu étrange :

- Moi : Nous allons commencer la leçon; prenez votre livre, page 65.

- L’étudiant : Non.

- Moi : Pardon?

- L’étudiant : D’où venez-vous, en France?

- Moi : *soupir* De Grenoble. Vous connaissez?

- L’étudiant : Non. Je peux vous poser une question?

- Moi : Heu… oui.

- L’étudiant : Pourquoi êtes-vous venue au Japon?

- Moi : Parce que j’ai étudié le japonais en France.

- L’étudiant : Pourquoi avez-vous étudié le japonais en France?

- Moi : Parce que j’aime la culture japonaise.

- L’étudiant : Pourquoi aimez-vous la culture japonaise?

- Moi : Heu…

- L’étudiant : C’est bizarre.

- Moi : Ah bon? Pourquoi?

- L’étudiant : On ne peut pas choisir de venir au Japon. Je ne comprends pas comment vous pouvez aimer le Japon.

- Moi : … Ah?

A peu de choses près, la conversation s’est déroulée ainsi, et c’était quasi surréaliste pendant les 40 minutes que durait la leçon. Puis je lui ai ensuite demandé :

- Moi : Pourquoi étudiez-vous le français?

- L’étudiant : C’est pour suivre Zinedine Zidane.

Je n’ai jamais compris ce qu’il voulait dire par “suivre”, et il n’a pas voulu me l’expliquer. Bref, j’étais bien soulagée lorsque la fin de l’heure retentit, parce qu’il avait des tas de tics nerveux (en dehors de ses clins d’oeils répétés). C’était vraiment étrange.

Cette même journée, j’ai également eu une étudiante qui voulait parler français à son chien, et qui m’a demandée comment dire “donne la patte”, “assis”, “couché”, “debout”, etc.  …Pourquoi pas? Mais entre collègues au moins on peut ainsi se détendre en discutant des “cas” les plus extrêmes jamais rencontrés, et c’est ainsi que j’ai appris l’existence d’un étudiant pharmacien qui secouait en pleine leçon ses cheveux, qui comptait le nombre de pellicules tombées sur la table et qui à chaque fois notait le chiffre obtenu sur un carnet. Bienvenue à l’asile!

Mais la phrase du jour, c’est lorsque j’ai demandé à un étudiant pourquoi il y avait la grève du métro de temps en temps à Paris. Sa réponse : “c’est parce que le métro est souvent en retard, et donc les Parisiens sont en colère?”. Que c’est mignon.

Tiens, et si je parlais du boulot? Ça faisait longtemps. Car ces chers étudiants sont toujours aussi fun. Des étudiants m’ont demandé si il y avait des singes sauvages dans les forêts françaises, et lorsque je leur ai dit que non, ils étaient très choques, comme si c’était inconcevable, vu qu’au Japon c’est assez courant. Une autre étudiante a été surprise en apprenant que les clémentines, ça existait aussi en France, car elle était persuadée que c’était typiquement japonais…

Une japonaise m’a même demandé si le mot “gothique” venait de Jean-Paul “Gauthier”. Tiens, et il y a même un étudiant qui m’a avoué ne pas comprendre comment l’économie française pouvait marcher avec toutes les vacances que prennent les français! Et il y aussi un nouvel étudiant qui s’est inscrit, c’est un “japonais” qui vient tout droit du Kenya, et qui veut étudier le francais. Il parlait au staff japonais à moitié anglais et moitié japonais, parce qu’il ne maitrise aucune des deux langues (heu…?). En tout cas je me demande pourquoi un japonais né au Kenya vient étudier le francais au Japon. Il y a un truc qui m’échappe.

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